L’école de l’abandon

Voici le sermon que j’ai prêché dimanche dernier (deuxième dimanche de Pâques) à l’église St. Paul dans les murs. Le vendredi 22 avril était le Jour de la Terre.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Korallenbaum-und-Augenspinn.jpg.
Une planche de Metamorphosis insectorum Surinamensium, 1707, par Maria Sibylla Merian.

La naissance des sciences naturelles, en particulier l’étude des insectes et des amphibiens, a vu le jour en Europe du Nord au XVIIe siècle. Une grande partie des fondements des sciences naturelles a été développée par des chrétiens courageux et fervents. Façonnés par leur méditation et leur prière profondes et intimes, ils ont appris à discerner l’œuvre et la volonté de Dieu dans le monde naturel d’une manière peu conventionelle. À l’époque, on savait peu de choses sur ces créatures si particulières qui semblaient habiter différents règnes du vivant : par exemple, les mouches qui avaient pour origine des vers ou des grenouilles qui commençaient leur vie comme des têtards ressemblant à des poissons.

Maria Sibylla Merian a été l’une des principales naturalistes de l’époque dont le travail a été salué comme précurseur dans le domaine de l’écologie. À 13 ans, Maria Sibylla a commencé à élever des vers à soie. À l’âge de 28 ans, elle avait publié son premier livre d’illustrations naturalistes. Merian allait devenir une illustratrice de premier plan, publiant des volumes de planches sur les chenilles, les insectes et les plantes. Ses illustrations ne sont pas seulement de véritables œuvres d’art et des études pionnières sur les insectes, mais elles sont aussi des louanges silencieuses à son Seigneur Jésus-Christ. En fait, elle s’est particulièrement concentrée sur l’étude des différentes étapes de l’évolution des papillons qui imitent la vie du Christ et la croissance spirituelle de tous les disciples du Ressuscité. Comme un papillon, notre Seigneur a commencé son humble vie près de la terre comme un humain, comme un ver; il a aussi gît mort dans la tombe comme dans une chrysalide ; puis, il a émergé pour s’envoler comme un papillon qui scintille vers le ciel, ou vers sa Galilée.

La coïncidence de Pâques et de l’équinoxe de printemps dans l’hémisphère nord est un timing tout à fait parfait. Le Bon Dieu dans sa providence sait nous parler à travers ce que nous pouvons vivre, pourtant notre lecture de ce matin nous dit que tout le monde n’avait pas pu voir le Ressuscité et croire en lui. Pourquoi quelqu’un comme Thomas, qui était un proche disciple du Christ, n’a-t-il pas pu croire en lui dès le début ? Mais quelqu’un comme Merian l’aurait pu ? Tout comme Thomas au début de notre lecture de l’Evangile, croire pour beaucoup signifie être sûr de d’une information. Croire se rapporte à un énoncé de vérité, et pour être sûr que quelque chose est vrai, vous avez besoin d’autant d’éléments de preuve que nécessaire. Cette attitude est devenue le modèle de la science moderne : les scientifiques construisent des théories véridiques en rassemblant des déclarations véridiques. Ils établissent, petit à petit, ce qui est vrai. Ce processus intellectuel est très efficace, mais il ne parvient toujours pas à traiter les êtres vivants comme de véritables êtres vivants. C’est la même différence qui existe entre connaître quelqu’un et l’aimer. Comment peut-on vraiment connaître nos enfants, nos partenaires, nos amis ou nos voisins si on vient vers eux avec des attentes autoritaires sur la façon dont ils sont censés être en vie pour nous ? Comment pouvons-nous connaître le ressuscité si nous le forçons dans nos méthodes et processus d’objectivation ? A être ceci ou cela ? Avec cette attitude basée sur la preuve, que Thomas incarne, il reste très peu de place au mystère. Très peu de place est laissée pour laisser le Christ entre librement en relation avec nous et nous lie les uns les autres ; très peu de place est laissée pour rencontrer la vérité au-delà de ce que nous avons fixé comme limites : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, et ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. « 

Heureusement, croire en Jésus en tant que Ressuscité ne fonctionne pas de la même manière qu’une enquête policière ou une étude scientifique moderne. C’est assez rassurant si, comme moi, vous n’avez jamais été fan de NCIS ou ne savez pas compter ! Nous n’avons pas à nous soucier d’un processus ou d’une méthode qui, le plus souvent, ne fait que révéler notre désir de contrôler et d’exercer un pouvoir sur ce que nous ne connaissons pas et qui nous fait donc peur. En effet, ce qui nous retient souvent de croire au Ressuscité, tout comme pour les disciples enfermés dans leur chambre et pour Thomas, ce sont les peurs. Nous sommes retenus par peur d’expérimenter comment cette rencontre pourrait nous changer ; par peur de voir Dieu dans des endroits où on ne voudrait pas qu’il se montre ; par peur de voir la réalité de l’amour et du devouement de Dieu qui désarme toutes nos tentatives de contrôle de nous-mêmes et des autres. Nous n’avons pas besoin de nous soucier de construire la vérité pour être rassurés. Pour nous, chrétiens, croire ne signifie pas rassembler des éléments de vérité sur Jésus comme Thomas le suspicieux voulait le faire. Plutôt, à la manière de Sibylla Merian, croire pour nous signifie rencontrer la puissance de Dieu à même sa Création, dans les multiples gestes qu’il nous adresse, les façons dont il nous courtise, comment il nous révèle les signes vivants de sa présence et de sa vie dans nos vies .

Si Merian a été capable de voir la résurrection et la vie de Dieu dans des endroits inattendus, c’est parce qu’elle s’est totalement abandonnée à son Seigneur lorsqu’elle a quitté sa ville natale en Allemagne pour la communauté religieuse des Labadistes aux Pays-Bas. Elle est partie courir après sa passion comme après des papillons. Elle s’est débarrassée de sa peur et s’est abandonnée à la présence aimante du Seigneur qu’elle a rencontrée dans sa création et son église. Tout comme pour les premiers disciples et pour Thomas, seule la paix vivante du Christ peut nous libérer de nos prisons intérieures et de nos tentatives de contrôle, qui mettent Dieu sous clef, loin de nous. On peut douter des idées, on peut douter des informations, mais on ne peut douter longtemps de la réalité d’une rencontre qui nous libère. On ne peut pas douter de ce dont on voit l’effet dans notre monde, dans nos vies, dans nos corps. On ne peut pas douter d’une rencontre qui a donné vie, joie et courage aux abattus et aux marginalisés.

La résurrection de Christ et nos propres résurrections peuvent être difficiles à comprendre. Nos doutes peuvent être plus forts que notre certitude. Mais Jésus, comme le printemps, comme le papillon sorti de sa chrysalide, continue de se montrer quoi qu’il arrive. Il est impatient que nous le touchions et que nous le voyions, car ce faisant, on reçoit cette paix que nous espérons, cette paix qui vient quand la mort n’a pas gagné. N’hésitons pas à nous abandonner à sa présence qui nous entoure, à travers les signes de son amour qui sont marqués sur sa création, ces signes que Merian a si bien vus. Jésus lui-même a sanctifié sa création pour nous aider à sentir, voir, goûter et savoir qu’il est ressuscité, que l’impossible est possible. Marie Madelaine l’a trouvé dans le jardin, nous l’y trouverons aussi. S’abandonner au Christ ne signifie pas s’éloigner de la réalité, être loin des choses ou des personnes: c’est par les choses, c’est par les gens qu’on croit en Dieu ; c’est à travers eux que nous nous abandonnons à lui et trouvons le courage d’aller de l’avant. Nous n’avons pas besoin de regarder plus loin que les arbres en fleurs juste devant ces fenêtres pour voir ses glorieuses plaies. Nous n’avons pas besoin d’aller plus loin que cet autel ce matin, pour recevoir son corps et son sang pour nous aussi être métamorphosés en lui. À travers tout ce qui nous entoure, le Christ s’abandonne à nous pour que nous puissions nous abandonner à lui.

Maria Sibylla Merian avait compris cela lorsqu’elle voyait la résurrection chaque fois qu’elle illustrait un papillon sortant de sa chrysalide ou une mouche se transformant de larve en pupa. Sa rencontre avec le Ressuscité dans l’étude de ses créatures lui a donné une passion et un courage outre-mesure. Ses volumes de croquis comprenaient très peu de mots et elle écrivait rarement sur sa foi. Cependant, devant l’un de ses carnets de croquis, elle a écrit deux mots simples en allemand : « Mit Gott« , « Avec Dieu ». Avec Dieu. Osons voir le monde avec Dieu, pour pouvoir nous métamorphoser avec Lui.

P.S. J’ai toujours eu un faible pour les papillons et les insectes (j’élevais des phasmes quand j’étais petit!) mais ce n’est pas avant 2014 que j’ai entendu parler de Merian. J’ai été fasciné par sa vie il y a quelques années lorsque je faisais mon Master en littérature française à la Sorbonne. Je faisais alors des recherches sur la poésie dévotionnelle de l' »Église du Seigneur », une communauté piétiste bilingue qu’elle avait rejointe aux Pays-Bas. J’ai été alors frappé par les similitudes entre la vie spirituelle de cette communauté et son propre travail de scientifique et d’artiste. Cela m’a conduit à partager les résultats de mes recherches lors de la Conférence internationale et interdisciplinaire organisée à Amsterdam en 2017. L’aspect dévotionnel de la recherche scientifique est généralement peu connu du grand public, pourtant je pense que c’est un témoignage important à méditer, une bonne nourriture pour la prière, si nous voulons être des intendants fidèles de la Terre que notre Seigneur nous a confiée.

Surrounded to surrender

Here is the sermon that I preached last Sunday (Easter II) at St. Paul’s within the Walls. On Friday, April 22nd was Earth Day.

A plate from Metamorphosis insectorum Surinamensium, 1707, by Maria Sibylla Merian.

Surrounded to surrender

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The birth of the natural sciences, especially the study of insects and amphibians, flourished in Northern Europe in the 17th century. Much of the foundation for the natural sciences was developed by people who were courageous and devout Christians. Shaped by their deep and intimate meditation and prayer, they learned to discern the work and will of God in the natural world in ways that were quite unconventional. At the time, little was known about the peculiar creatures that seemed to inhabit different realms of life-forms: for example, flies who had their origins as worms, or frogs beginning as fish-like tadpoles.

One of the leading naturalists of those times whose work has been praised as a forerunner in the field of ecology was Maria Sibylla Merian. At age 13, Maria Sibylla started raising silkworms. By the time she was 28 she had published her first book of natural illustrations. Merian would go on to be a leading naturalist illustrator, publishing volumes of sketches on caterpillars, insects, and plants. Her illustrations are not only true works of art and pioneering studies of insects, but they are also silent praises to her Lord Jesus Christ. In fact, she focused especially on the study of the different stages of the evolution of butterflies which emulate Christ’s life and the spiritual growth of all followers of the Resurrected One. Like a butterfly, our Lord began his humble life close to the earth as a human, like a worm; he lay as dead in the tomb as in a chrysalis; then, emerging as a butterfly that shimmers and flies away to heaven, or to Galilee.

The coincidence of Easter and the Spring equinox in the northern hemisphere is quite perfect timing. The Good Lord in his providence knows how to speak to us through what we are able to experience, yet our reading this morning says that not everyone was able to see the Resurrected One and believe in him. Why is it that someone like Thomas, who was a close disciple to Christ, couldn’t at first believe in him? Yet someone like Merian could? Just like Thomas at the beginning of our Gospel reading, belief for many people means being sure of information. Believing relates to a truth statement, and to be sure that something is true you need as many elements of proof as necessary. This attitude has become the model of modern science: scientists build truthful theories by putting together truthful-statements. They establish, little by little, what is true. This intellectual process is very efficient, but it always falls short of dealing with living things as truly living things. It is the same difference that exist between knowing about someone and loving them. How can we truly know our children, our partners, our friends or our neighbors if we come to them with bossy expectations about how they are supposed to be alive for us? How can we know the resurrected one if we force him into our objectifying methods and processes? Into being this or that? With this proof-based attitude, demonstrated by Thomas, very little room is left for mystery, very little room is left for letting Christ freely relate to us and between us; very little room is left for encountering truth beyond what we have set as its limits: « Unless I see the mark of the nails in his hands, and put my finger in the mark of the nails and my hand in his side, I will not believe. »

Fortunately, believing in Jesus as the Resurrected One doesn’t work the same way as a police investigation or a modern scientific study. It’s quite reassuring if, like me, you’ve never been a fan of NCIS or don’t know how to count! We don’t need to worry about a process or a method that most often merely reveals our desire to control and exert power over what we don’t know and therefore scares us. Indeed, what often holds us back from believing in the Resurrected One, just as it did for the disciples locked up in their room and for Thomas, are fears. We hold back by fear of experiencing how this encounter could change us; by fear of seeing God in places we didn’t want him to show up; by fear of seeing the reality of God’s love and selflessness that will disarm all our attempts to control ourselves and each other. We don’t need to worry about building up truth to find reassurance. For us Christians, believing doesn’t mean piecing together elements of truth about Jesus like the suspicious Thomas meant to do. More like Sibylla Merian, believing for us means meeting God’s power in his very Creation, in the multiple ways in which he gestures towards us, how he courts us, how he discloses for us the living signs of his presence and his life in our lives.

If Merian was capable of seeing God’s resurrection and life in unexpected places it is because she had surrendered to her Lord fully when she left her hometown in Germany for the religious community of the Labadists in the Netherlands. She left to run after her passion. She shed her fear and surrendered to the Lord’s loving presence that she met in his creation and his church. Just like for the early disciples and Thomas, only the living peace of Christ can set us free from our inner prisons and our attempts to control, that all lock God away from us. We can doubt ideas, we can doubt information, but we cannot doubt for long the reality of an encounter that frees us. We cannot doubt what we see the effect of in our world, in our lives, in our bodies. We cannot doubt a meeting which has given life, joy and courage to the downcast and the marginalized.

Christ’s resurrection and our own resurrections might be tough to fathom. Our doubts might be stronger than our belief. But Jesus, like the spring, like the butterfly out of its pupa, keeps showing up no matter what. He is eager for us to touch him and behold him, for in doing so we will receive that peace we hope for, that peace that comes when death has not won. Let us not hesitate to abandon ourselves to his presence that surrounds us, through the signs of his love that are marked on his creation, those signs that Merian saw so clearly. Jesus himself has sanctified his creation to help us feel, see, taste, and know that he is risen, that the impossible is possible. Mary found him in the garden, and so can we. Indeed, surrendering to Christ does not mean to wander far from reality, to be far from things or people. It is through things, it is through people, that we believe in God; it is through them that we abandon ourselves to him and find the courage to move forward. We need look no farther than the blooming trees just outside these windows to look at his glorious wounds. We need come no farther than to this altar this morning, to receive his own body and blood so that we too can be changed into his likeness. Through all that surrounds us, Christ surrenders to us so we can surrender to him.

Maria Sibylla Merian understood this, as she encountered the resurrection every time she illustrated a butterfly stretching from its chrysalis or a fly morphing from larva to pupa. Her encounter with the Risen Lord in her study of his creatures gave her passion and courage beyond measure. Her volumes of sketches included very few words and she seldom wrote about her faith. However, in the front of one of her sketchbooks she wrote two simple words in German: “Mit Gott”, “With God.” With God. Let us dare to see the world with God, so we can rise with Him.   

P.S. I have always had a soft spot for butterflies and insects (I used to raise stick and leaf bugs!) but I didn’t hear about Merian before 2014. I got fascinated by her life a couple of years ago when I was doing my Master’s in French literature at the Sorbonne. I was then researching the devotional poetry of the bilingual pietistic « Church of the Lord » she had joined in the Netherlands. I was struck by the relation between the spiritual life of that community and her own work of a scientist and an artist and could share the results of my research at the International and Interdisciplinary Conference organized in Amsterdam on 2017. The devotional aspect of scientific enquiry is usually not well know of the larger public, yet I think it is an important witness to remember and a good food for prayer, if we want to be more faithful stewards of the Earth our Lord has entrusted to us.

Relevés des ruines

Voici  une traduction du sermon que j’ai prêché en anglais à la Vigile de Pâques à l’église St. Paul dans les Murs.

Peut être une image de 8 personnes et intérieur

Paul Nagai, un médecin japonais décédé lentement d’une leucémie après la destruction nucléaire de sa ville de Nagasaki dans un éclat de lumière, le Dr Nagai, raconte comment il a entrevu l’immortalité dans le dernier regard de sa mère mourante. Il étudiait alors la médecine, il était matérialiste, comme la plupart de ses camarades. Quand soudain, devant ce mystère, devant le regard de sa mère si présent de lumière et d’amour, il fut secoué jusqu’au plus profond de son être, se disant : « Il n’est pas possible qu’un tel regard soit condamné à la mort. »

Dans le regard de sa mère mourante, le docteur Nagai, il a vu que l’éternité et la résurrection sont notre vraie réalité. C’est ce que signifie pour nous la résurrection du Christ d’entre les morts : quand nous aimons, même la mort ne peut nous contenir. Ce mystère que Nagai a entendu et qui l’a amené à devenir chrétien est un reflet du mystère de l’amour de Dieu pour nous quand nous souffrons ou mourons. Dieu a été si constamment présent avec nous comme nous venons de l’entendre dans la Bible, si constamment présent dans nos souffrances et nos infidélités que nous ne pouvons qu’être ébranlés par la réalité que ni nos souffrances les plus profondes ni notre mort n’ont pu l’empêcher d’être proche de nous . Lui seul peut, dans ces lieux où l’on ne voit qu’imperfection, déchéance, abus et solitude, lui seul peut, dans ces lieux où l’on ne veut pas aller et que l’on rejetter totalement, pénétrer et les transformer intérieurement par sa vie divine. Lui seul peut nous ramener avec lui au pays des vivants.
Cette nuit est la nuit où nous savons et expérimentons plus que tout autre moment de l’année liturgique que notre Seigneur est celui qui nous ressuscite des enfers que nous avons créés et ceux dont nous avons hérité. Cette nuit, le Christ nous réveille tendrement de notre sommeil mortel pour vivre à nouveau avec lui. Sa lumière ne monte pas comme un champignon atomique, elle ne nous force pas à la reddition. Elle nous vient tendrement dans les paroles de l’Exultet qui résonnent dans ce sanctuaire obscur, elle nous vient à la lumière du cierge pascal et des eaux vives versées sur le front des baptisés, elle nous vient comme l’Esprit de Dieu coule, piano ma lontano. Prenons un moment pour contempler la puissance et la tendresse de sa résurrection.

Nous allons bientôt renouveler ensemble nos vœux de baptême en Christ. Ces paroles que nous allons prononcer ne sont pas une formule religieuse mais notre déclaration d’amour à Dieu faite avec ces mêmes paroles qu’il nous a données. Nous réaffirmerons avec les paroles de notre bouche notre baptême en Jésus-Christ, nous sentirons sur nos lèvres combien nous sommes un avec lui. Nous ferons l’expérience de la façon dont il place tendrement sa puissance sur nos lèvres et entre nos mains, comment nous participons à sa résurrection et à ses promesses pour la vie du monde. Le Christ « nous renouvelle » cette nuit « dans son amour » comme vient de le dire le prophète Sophonie, et toute notre joie à chaque instant de cette année, toutes nos prières, tous nos remerciements et notre communion, même toutes nos pénitences découleront de la résurrection présente de notre Seigneur. Toutes les paroles que nous lui adresseront répondront à sa résurrection éternelle à laquelle nous participons : « Ô Israël ! Réjouissez-vous et exultez de tout votre cœur ! » Ce soir, nous avons été réveillés par le battement de son cœur ressuscité qui ne se taira plus.

Immédiatement après la destruction de la cathédrale catholique de Nagasaki, Paul Nagai, avec ses frères et sœurs chrétiens, se sont mis à l’oeuvre pour redresser avec une grue les cloches de la cathédrale qui étaient tout ce qui restait de cet édifice détruit par la bombe atomique. Ils les ont hissé et les ont fait chanter dans la nuit, à genoux dans un champ de ruines. Comme les cloches de Nagasaki, les cloches qui sonneront pour la résurrection de notre Seigneur ne célébreront pas la perfection ou la pleine restauration de ce monde. Elles chanteront pour la résurrection de notre Seigneur. Dans ce monde brisé, elles chanteront l’humble lumière du cierge pascal et sonneront comme les cloches de Nagasaki qui n’ont pu être condamnées à mort.

Never Give Up: The Bells of Takashi Nagai

Risen from the ruins

Here is the homily I preached at St. Paul’s within the Walls during the Vigil of Easter.

[In Italian below]

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Paul Nagai, a Japanese doctor who slowly died of leukemia after the nuclear destruction of his town of Nagasaki in a blast of light, Doctor Nagai recounts how he had a glimpse of immortality in the last gaze of his dying mother. He was then studying medicine and a materialist, like most of his comrades. When suddenly, before this mystery, before the gaze of his mother so present with light and love, he was shaken to the depths of his being, saying to himself: “It is impossible that such a gaze should be condemned to death.” 

In the look of his dying mother, Dr Nagai, had seen that eternity and resurrection is our true reality. This is what Christ’s resurrection from the dead means for us: when we love, even death cannot contain us. This mystery that Nagai felt, and which led him to become a Christian is a reflection of the mystery of God’s love for us when we are suffering or dying. God has been so consistently present with us as we just heard from the Bible, so consistently present in our suffering and unfaithfulness that we can only be shaken by the reality that neither our deepest suffering nor our deaths could prevent him to be close to us. Only he can, in these places where we only see imperfection, decay, abuse, and loneliness, only he can, in these places where we don’t want to go and that we utterly reject, enter and inwardly transform them by his divine life. Only he can bring us back to life with him into the land of the living. 

Tonight, it is the night when we know and experience more than any other moment of the liturgical year that our Lord is the one who rises us out of the hells we have created and the ones we have inherited. Tonight, Christ wakes us up with tenderness from our lethal sleep to live new lives with him. His light does not rise like an atomic mushroom, he does not force our surrendering. He comes to us tenderly in the words of the Exultet resonating in this dark sanctuary, he comes to us in the light of the Easter candle and the living waters poured out on the forehead of the baptized, he comes to us as the Spirit of God flows, piano ma lontano. Let us take a moment to contemplate the power and tenderness of his rising. 

We will soon renew together our vows of baptism in Christ. These words you will utter are no churchy formula but our declaration of love to God, made with the words he has given us. We will reaffirm with the words of our mouth our baptism in Jesus Christ we will feel on our lips how incorporated we are into his life. We will experience how he tenderly puts his power on our lips and in our hands, how we share in his resurrection and his promises for the life of the world. Christ “renews us” tonight “in his love” as the prophet Zephaniah just said, and all our rejoicing at all times this year, all our prayers, all our thanksgiving and communion, even all our penitence will spring from the present resurrection of our Lord. All our words to him will respond to his everlasting resurrection for us: “O Israel! Rejoice and exult with all your heart!” Tonight, we have been awoken by the beat of his resurrected heart that won’t be silent anymore. 

Immediately after the destruction of the Catholic cathedral of Nagasaki, Paul Nagai, with his Christian brothers and sisters, set up to straighten on a hoist the bells of the cathedral which were all that remained of that building blown up by the atomic bomb. They hoisted them up and made them sing in the night while kneeling on a field of ruins. Like the bells of Nagasaki, the bells that are going to ring for the Resurrection of our Lord are not going to celebrate the perfection or full restoration of this world. They will sing for the Resurrection of our Lord. In this broken world, they will sing of the humble light of the Easter candle and resonate like the bells of Nagasaki that could not be condemned to death. 

Never Give Up: The Bells of Takashi Nagai
Paul Nagai

Risorti delle rovine

Paolo Nagai, un medico giapponese morto lentamente di leucemia dopo la distruzione nucleare della sua città di Nagasaki in una esplosione di luce, il dottor Nagai, racconta di come ha intravisto l’immortalità nell’ultimo sguardo della madre morente. Stava allora studiando medicina, egli era un materialista, come la maggior parte dei suoi compagni. Quando all’improvviso, davanti a questo mistero, davanti allo sguardo di sua madre così presente di luce e di amore, fu scosso nel più profondo del suo essere, dicendo a se stesso: «Non è possibile che un tale sguardo sia condannato a morte».

Nello sguardo della madre morente, il dottore Nagai, aveva visto che l’eternità e la resurrezione sono la nostra vera realtà. Ecco cosa significa per noi la risurrezione di Cristo dai morti: quando amiamo, anche la morte non può contenerci. Questo mistero che Nagai ha sentito e che lo ha portato a diventare cristiano è un riflesso del mistero dell’amore di Dio per noi quando soffriamo o moriamo. Dio è stato così costantemente presente con noi come abbiamo appena sentito nella Bibbia, così costantemente presente nella nostra sofferenza e infedeltà che possiamo solo essere scossi dalla realtà che né la nostra sofferenza più profonda e né la nostra morte potrebbero impedirgli di essere vicino a noi. Solo lui può, in questi luoghi dove vediamo solo imperfezione, decadimento, abuso e solitudine, solo lui può, in questi luoghi dove non vogliamo andare e dove rifiutiamo totalmente, di entrarvi e di trasformarli interiormente con la sua vita divina. Solo lui può riportarci in vita con lui nella terra dei vivi.

Stanotte, è la notte in cui sappiamo e sperimentiamo più di ogni altro momento dell’anno liturgico che nostro Signore è colui che ci resuscita dagli inferi che abbiamo creato e da quelli che abbiamo ereditato. Stanotte, Cristo ci sveglia con tenerezza dal nostro sonno mortale per vivere di nuovo con lui. La sua luce non sale come un fungo atomico, non ci costringe ad arrenderci. Viene a noi teneramente nelle parole dell’Exultet che risuonano in questo santuario oscuro, viene a noi alla luce del cero pasquale e delle acque vive versate sulla fronte del battezzato, viene a noi come Spirito di Dio scorre, piano ma lontano. Prendiamoci un momento per contemplare la potenza e la tenerezza della sua resurrezione.

Presto rinnoveremo insieme i nostri voti di battesimo in Cristo. Queste parole che pronunceremo non sono una formula religiosa, ma la nostra dichiarazione d’amore a Dio, fatta con le parole che egli ci ha dato. Riaffermeremo con le parole della nostra bocca il nostro battesimo in Gesù Cristo, sentiremo sulle nostre labbra quanto siamo una cosa sola con lui. Sperimenteremo come pone teneramente la sua potenza sulle nostre labbra e nelle nostre mani, come partecipiamo alla sua resurrezione e alle sue promesse per la vita del mondo. Cristo « ci rinnova » stasera « nel suo amore », come ha appena detto il profeta Sofonia, e tutta la nostra gioia in ogni momento quest’anno, tutta le nostre preghiere, tutti i nostri ringraziamenti e comunione, anche tutte la nostre penitenze scaturiranno dalla presente risurrezione del nostro Signore. Tutte le nostre parole a lui risponderanno alla sua eterna risurrezione per noi: “O Israele! Rallegrati ed esulta con tutto il tuo cuore!” Stanotte, siamo stati svegliati dal battito del suo cuore risorto che non tacerà più.

Subito dopo la distruzione della cattedrale cattolica di Nagasaki, Paolo Nagai, con i suoi fratelli e sorelle cristiani, si accinge a raddrizzare con una carrucola, le campane della cattedrale che erano tutto ciò che restava di quell’edificio distrutto dalla bomba atomica. Le issavano e le facevano cantare nella notte inginocchiati su un campo di rovine. Come le campane di Nagasaki, le campane che suoneranno per la risurrezione di nostro Signore non celebreranno la perfezione o la piena restaurazione di questo mondo. Canteranno per la resurrezione di nostro Signore. In questo mondo spezzato, canteranno l’umile luce del cero pasquale e risuoneranno come le campane di Nagasaki che non potevano essere condannate a morte.

+ La Settimana Santa +

Voici quelques photos des célébrations de la Semaine Sainte à Rome. Il est difficile de résumer ou d’expliquer ce que l’on ressent en étant à Rome pour cette semaine très spéciale au cours de laquelle nous sommes tous invités à participer, grâce à la liturgie de l’Église, à la mort et à la résurrection de Notre-Seigneur. L’Esprit intercède durant cette Semaine de manière très intime, avec des soupirs souvent trop profonds pour être exprimés.

+ Le Dimanche des Rameaux+

La Semaine Sainte a commencé à St. Paul par une procession oecuménique organisée avec nos frères et soeurs Catholiques et Orthodoxes roumains.

+ Le Lundi Saint +

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Le Lundi Saint le Centre Anglican a organisé une veillée de prière oecuménique. Ce moment de prière nous a permis d’entrer dans le mystère de cette très sainte semaine.

Vous pouvez regarder une vidéo du service en cliquant sur le lien suivant : https://fb.watch/cJ0ocXW0Sv/

+ Le Mardi Saint +

Le mardi saint, une Messe chrismale a été célébrée à l’église anglicane All Saints’ sur la Via del Babuino. All Saints’ est la paroisse de l’Église d’Angleterre à Rome. L’évêque Hamid a célébré et l’archevêque Ian Ernest, directeur du Centre anglican, était également présent. De nombreux membres du clergé du Diocèse Anglican en Europe étaient également présents pour renouveler leurs vœux d’ordination.

Vous pouvez regarder le service sur la page Facebook de l’église anglicane All Saints’.

https://www.facebook.com/allsaintschurchrome

+ Le Mercredi Saint +

Un service de Ténèbres s’est tenu à St. Paul’s mais j’ai été tellement happé par cette ambiance de prière que je n’ai pas pris de photo..!

+ Le Jeudi Saint +

Le Jeudi Saint, nous avons célébré le dernier repas de Notre-Seigneur à Saint-Paul avec le rite du lavement des pieds. À Rome, le Giovedi Santo, il est également de coutume de visiter autant d’églises que possible car elles sont ouvertes jusque tard dans la nuit pour que les visiteurs prient auprès de leurs reposoirs.

Ci-dessous, vous verrez une photo des neuf églises (!) que j’ai visitées ce soir-là avec mon colocataire Edoardo. Edoardo est romain et savait exactement où aller pour voir les plus beaux reposoirs ! J’ai particulièrement apprécié l’autel de la Santissima Trinità dei Pellegrini. Le reposoir du Jeudi Saint (sepolcri en italien et altar of repose en anglais) est l’une de mes dévotions préférées pendant la Semaine Sainte. Je suis particulièrement touché par leur atmosphère d’abandon paisible créée par les plantes, les fleurs et les lumières des bougies.

“Non pas ce que je veux mais ce que tu veux »

Santissima Trinità dei Pellegrini
The Venerable English College
Santa Maria Maggiore
Santa Caterina a Magnanapoli
Sant’Agnese
Sant’Ignazio

+ Le Vendredi Saint +

Le Vendredi Saint, St. Paul organisait un chemin de croix bilingue (Anglais-Espagnol), suivi par la liturgie du Vendredi Saint. Vous pouvez visionner la liturgie ci-dessous.

+ La Settimana Santa +

Here are some picture of the Holy Week celebrations in Rome. It is difficult to summarize or explain how it felt to be in Rome for this very special week during which we are all invited to participate, thanks to the liturgy of the Church, to the death and Resurrection of our Lord. The Spirit intercedes during this Week in very intimate ways, with sighs often too deep for words.

+ Palm Sunday +

Holy Week started at St. Paul’s with an ecumenical procession with our Catholic and Romanian Orthodox brothers and sisters.

+ Holy Monday+

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On Holy Monday the Anglican Centre organized an ecumenical vigil of prayer. It was a prayerful moment that allowed us to enter into the mystery of this holiest week.

You can watch the video of the service by clicking on the following link: https://fb.watch/cJ0ocXW0Sv/

+ Holy Tuesday +

On Holy Tuesday a Chrismal Mass was celebrated at All Saints’ Anglican Church on the Via del Babuino. All Saints’ is the Church of England parish in Rome. Bishop Hamid celebrated and Archbishop Ian Ernest, Director of the Anglican Centre was also present. Many clergy of the Diocese in Europe were also present to renew their ordination vows.

You can watch the service on the Facebook Page of All Saints’ Anglican Church.

https://www.facebook.com/allsaintschurchrome

+ Holy Wednesday +

A Tenebrae Service was held at the St. Paul’s but I sunk so much into the prayerful atmosphere that I didn’t take any picture..!

+ Maundy Thursday +

On Maundy Thursday we celebrated the Last Supper of our Lord at St. Paul’s with the Washing of the Feet. In Rome on Giovedi Santo it is also customary to visit as many churches as possible as they are opened until late at night for the visitors to pray at their Altars of Repose.

Below you’ll see some picture of the nine churches (!) I visited with my roommate Edoardo that evening. Edoardo is Roman and knew exactly which one where particularly stunning! I particularly enjoyed the altar at the Santissima Trinità dei Pellegrini. The Altar of Repose (Sepolcri in Italian and reposoir in French) is one of my favorite devotion during Holy Week. I am particularly touched by their peaceful atmosphere of surrender created by the garden and the lights.

“Yet not what I want but what you want.”

+ Good Friday +

On Good Friday, St. Paul’s organized a bilingual (English-Spanish) Via Crucis, followed by a Good Friday liturgy. You can watch the celebration of the liturgy on the following video.

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Second Sunday in Lent

You can find below the text of the sermon I preached at St. Paul’s last Sunday. A translation into Spanish follows.

Genesis 15:1-12, 17-18

Psalm 27

Philippians 3:17-4:1

Luke 13:31-35

During Lent we are on a journey that allows us to consider things with a fresh look. The changes in the liturgy and the new disciplines we are invited to take up help us to re-ground our faith in God rather than in our habits or our ready-made answers; especially the religious or cliquish ones. Lent is a time when we are all invited to reconsider how we think about and experience our belonging to each other and to God. For us here at St Paul’s Lent also involves considering anew the bonds of Christian fellowship which have been put under duress during this pandemic. During our Lenten journey our sense of belonging will be redefined and refined by Christ’s redeeming presence and the experience of our communion with him and with each other.

Today’s Gospel invites us to have a new look at our mission as Christians and as a Church as we listen to Christ talking about his own mission of healing and reconciliation. Let us hear Christ replying to a group of Pharisees who approach him to tell him that Herod wants to kill him:  ‘Listen, I am casting out demons and performing cures today and tomorrow, and on the third day I finish my work. Yet today, tomorrow, and the next day I must be on my way, because it is impossible for a prophet to be killed outside of Jerusalem.’ His answer might sound strange in our ears because he seems to say that he has to do two things at the same time; to heal and to undertake a journey to Jerusalem. He suggests that he is pacing out his daily acts of healing alongside his daily journey towards Jerusalem, towards his Cross. For Jesus, in fact, “casting out demons”, “performing cures” and fulfilling his Father’s will – which entails dying on the Cross– are all the same thing. The journey, the healing and the Cross are one. The image of the hen that Jesus employs to illustrate his relationship to us conveys both a sense of maternal protection and the idea of sacrifice, because a hen would let herself be eaten to protect her chicks. For Jesus, being fully consumed both in love and service for God and also for his brothers and sisters is exactly the same thing.

The same is true for us. We cannot be in communion with God if we are not yearning to be in communion with everyone and the whole of Creation. We cannot be in communion with God if we are not particularly attentive to the infirmities and sufferings of our brothers and sisters as we journey on our way. We cannot belong to God if we don’t belong at the same time to each other. We cannot belong to God if we are not aware from the very start that our true reality is one of communion, and that this communion is also a way of the cross. Communion, and the Christian community it fosters, is not a human project: it is a gift of God that demands our loving response. If many evil powers can destroy and conquer our hearts and our minds, it is because they instill in us the idea that this sort of communion isn’t real. They make us indifferent not only to our own sufferings, but also to the suffering of others. They make us indifferent to the cross of Christ – just as Paul says. They make us indifferent to the life-giving communion and fraternity that stems from this cross. The enemies of the cross feed us with the poisonous idea that there are essential differences between us, between our individual sufferings and our aspirations, that we cannot be in communion for x or y reasons, that we essentially and exclusively belong to a certain race, nation, ideology, social class, language and not radically to each other. All these powers don’t want us to experience the reality that we belong primarily to one another in God before and against everything else and every other power. All the evil powers of this world, including the powers who inspired in Herod the desire to kill Jesus, want us to believe that living in communion is not our primordial identity, that living in communion is not what we are destined to be and it is not where we belong.

Fortunately for us, God is never tired of calling us back under his wings, of fighting back for us. The great mystery which binds us together—not just those of us who are present here this morning, the mystery that binds together all the saints on earth and in heaven and indeed the whole of creation itself, is this. It is the mystery of communion. This mystery is going to become visible very soon, just here. This mystery is the shadow of God that covers us and allows us to grow into the full stature of Christ. In fact, if the Communion were an animal, it would probably be a hen. At this altar you are welcome under Christ’s wings, because he gives himself to you in his body and blood at the moment when he opens wide his wings on the Cross to embrace the whole of our humanity. In the mystery of communion nothing is left untouched, nothing that needs attention is left unattended. Everything and everybody are gathered in. As you come to this table, remember that you can bring with you everything that you are, in your mind, imagination and heart in order to communicate with him. You can bring all people you remember who are alive or asleep, suffering or joyous. Under his wings you can also communicate to him your doubts, your anger, and your fears. Here everything is joined in Christ and consummated in him. Here every creature is invited to dwell and warm themselves in his real presence and under the shadow of his wings. Even if we are hunted by the foxes of this world, just like a brood of chicks, we can still come together to this altar and find refuge in Christ’s body. This tiny little crumb of bread opens to us the depths of God’s intimacy. Here, in our midst, we can welcome him and welcome each other in his name. Our intimacy with him makes us all one. And when we recite the words of the Sanctus “Blessed is he who comes in the name of the Lord” while crossing ourselves, we won’t know if we are talking about ourselves or about him. In communion we can welcome each other because we truly become one spiritual body. This great intimacy, this great proximity to God and to one another protects us from the foxes of this world.

I’ll soon leave this perch and we will all depart from this henhouse where Christ has gathered us under his wings. Soon we will leave Jesus’s nest. Yet we can bring his presence and his warmth to the world, when, just as a chick leaves its mother, we will go out to welcome, protect, defend, feed and help others. If you’re still looking for some Lenten discipline, why not be for someone else the nest you have found here, in the intimacy of Jesus’s presence and in the company of this communion? This can be as simple as talking to someone with whom you’ve never talked, or listening to them. It can be as simple as inviting someone for dinner, coffee, or a walk. Or simply take some time to be silent with yourself. These are but a few of the ways in which we can communicate God’s intimacy to each other as Christ the Hen communicates it to us in the sacrament of communion. All these simple signs of divine intimacy will make us a people with whom people want to belong. And very humbly, Christ’s love and peace will be extended through your bonds of friendship, even to the most desolate and lonely of hearts.

En español:

Durante la Cuaresma estamos en un camino que nos permite considerar las cosas con otros ojos. Los cambios en la liturgia y las nuevas disciplinas que estamos invitados a asumir nos ayudan a volver a cimentar nuestra fe en Dios más que en nuestros hábitos o nuestras respuestas preparadas; especialmente los religiosos o de exclusivos. La Cuaresma es un tiempo en el que todos estamos invitados a reconsiderar cómo pensamos y experimentamos nuestra pertenencia a los demás y a Dios. Para nosotros aquí en San Pablo también implica considerar de nuevo los lazos de comunidad cristiana que se han sido heridos durante esta pandemia. Durante nuestro camino de Cuaresma, nuestro sentido de pertenencia será redefinido y refinado por la presencia redentora de Cristo y la experiencia de nuestra comunión con él y con los demás.

El Evangelio de hoy nos invita a considerar con otros ojos nuestra misión como cristianos y cristianas y como Iglesia mientras escuchamos a Cristo hablar de su propia misión de curación y reconciliación. Escuchemos a Cristo responder a un grupo de fariseos que se le acercan para decirle que Herodes quiere matarlo: “Mira, hoy y mañana seguiré expulsando demonios y sanando a la gente, y al tercer día terminaré lo que debo hacer. Tengo que seguir adelante hoy, mañana y pasado mañana, porque no puede ser que muera un profeta fuera de Jerusalén”. Su respuesta puede sonar extraña a nuestros oídos porque parece decir que tiene que hacer dos cosas al mismo tiempo; sanar y emprender un viaje a Jerusalén. Sugiere que está marcando el ritmo de sus actos diarios de curación junto con su camino diario hacia Jerusalén, hacia su Cruz. Para Jesús, en efecto, “expulsar demonios”, “hacer curaciones” y cumplir la voluntad de su Padre –que implica morir en la cruz– son una misma cosa. El camino, la curación y la Cruz son uno. La imagen de la gallina que Jesús emplea para ilustrar su relación con nosotros transmite tanto un sentido de protección maternal como la idea de sacrificio, porque una gallina se dejaría comer para proteger a sus polluelos. Para Jesús, consumirse plenamente tanto en el amor como en el servicio a Dios y también a sus hermanos es exactamente lo mismo.

Lo mismo es cierto para nosotros. No podemos estar en comunión con Dios si no anhelamos estar en comunión con todos y con toda la Creación. No podemos estar en comunión con Dios si no estamos particularmente atentos a las enfermedades y sufrimientos de nuestros hermanos y hermanas en nuestro camino. No podemos pertenecer a Dios si no nos pertenecemos al mismo tiempo unos a otros. No podemos pertenecer a Dios si no somos conscientes desde el principio de que nuestra verdadera realidad es la de la comunión, y que esta comunión es también un vía crucis. La comunión, y la comunidad cristiana que ella fomenta, no es un proyecto humano : es un don de Dios que exige nuestra respuesta amorosa. Si muchos poderes del mal pueden destruir y conquistar nuestro corazón y nuestra mente, es porque nos inculcan la idea de que este tipo de comunión no es real. Nos hacen indiferentes no sólo a nuestros propios sufrimientos, sino también al sufrimiento de los demás. Nos hacen indiferentes a la cruz de Cristo, tal como dice Pablo. Nos hacen indiferentes a la comunión vivificante y a la fraternidad que corre de esta cruz. Los enemigos de la cruz, que estan en nosostros mismos, nos alimentan con la idea venenosa de que existen diferencias esenciales entre nosotros, entre nuestros sufrimientos individuales y nuestras aspiraciones, que no podemos estar en comunión por x o y razones, que pertenecemos esencial y exclusivamente a una determinada raza, nación, ideología, clase social, idioma y no radicalmente entre sí. Todos estos poderes no quieren que experimentemos la realidad de que nos pertenecemos principalmente unos a otros en Dios antes y contra todo lo demás y cualquier otro poder. Todos los poderes malignos de este mundo, incluidos los poderes que inspiraron en Herodes el deseo de matar a Jesús, quieren que creamos que vivir en comunión no es nuestra identidad primordial, que vivir en comunión no es lo que estamos destinados a ser y que no es donde pertenecemos.

Afortunadamente para nosotros, Dios nunca se cansa de llamarnos bajo sus alas, de luchar por nosotros. El gran misterio que nos une, no solo a los que estamos aquí presentes esta mañana, el misterio que une a todos los santos en la tierra y en el cielo y, de hecho, a toda la creación misma, es este. Es el misterio de la comunión. Este misterio se va a hacer visible muy pronto, justo aquí. Este misterio es la sombra de Dios que nos cubre y nos permite crecer hasta la plena estatura de Cristo. De hecho, si la Comunión fuera un animal, probablemente sería una gallina. En este altar sois acogidos bajo las alas de Cristo, porque Él se entrega a vosotros en su cuerpo y sangre en el momento en que abre sus alas en la Cruz para abrazar a toda nuestra humanidad. En el misterio de la comunión nada queda sin ser tocado, nada que necesite atención queda sin atención. Todo y todos están reunidos. Al venir a esta mesa, recuerdan que pueden traer con ustedes todo lo que son, en su mente, imaginación y corazón para comunicarles con él. Pueden traer a todas las personas que recuerden que estén vivas o dormidas, sufriendo o alegres. Bajo sus alas también pueden comunicarle sus dudas, su ira y sus miedos. Aquí todo se junta en Cristo y se consuma en él. Aquí toda criatura está invitada a habitar y calentarse en su presencia real y bajo la sombra de sus alas. Incluso si somos perseguidos por las zorras de este mundo, al igual que una cría de pollitos, aún podemos unirnos a este altar y encontrar refugio en el cuerpo de Cristo. Esta pequeña miga de pan nos abre las profundidades de la intimidad de Dios. Aquí, entre nosotros, podemos acogerlo y acogernos unos a otros en su nombre. Nuestra intimidad con él nos hace a todos uno. Y cuando recitamos las palabras del Sanctus “Bendito el que viene en el nombre del Señor” mientras nos hacemos la señal de la cruz, no sabremos si estamos hablando de nosotros o de él. En comunión podemos acogernos unos a otros porque verdaderamente nos convertimos en un solo cuerpo espiritual. Esta gran intimidad, esta gran proximidad con Dios y entre nosotros nos protege de las zorras de este mundo.

Pronto voy a dejar este posadero y todos vamos a partir de este gallinero donde Cristo nos ha reunido bajo sus alas. Pronto vamos a dejar el nido de Jesús. Sin embargo, podemos traer su presencia y su calor al mundo, cuando, así como un pollito deja a su madre, saldremos a acoger, proteger, defender, dar de comer y ayudar a los demás. Si todavía buscan alguna disciplina cuaresmal, ¿por qué no ser para otro el nido que han encontrado aquí, en la intimidad de la presencia de Jesús y en la compañía de esta comunión? Esto puede ser tan simple como hablar con alguien con quien nunca ha hablado o escucharlo. Puede ser tan simple como invitar a alguien a cenar, tomar un café o dar un paseo. O simplemente tómale un tiempo para estar en silencio con usted mismo. Estas son sólo algunas de las formas en que podemos comunicarnos la intimidad de Dios entre nosotros como Cristo, la gallina, nos la comunica en el sacramento de la comunión. Todos estos simples signos de intimidad divina harán de nosotros un pueblo al que la gente quiera pertenecer. Y muy humildemente, el amor y la paz de Cristo se extenderán a través de sus lazos de amistad, incluso a los corazones más desolados y solitarios.

Deuxième dimanche du Carême

Sermon prêché à St Paul-dans-les-murs, Rome

Genèse 15:1-12, 17-18

Psaume 27

Philippiens 3:17-4:1

Luc 13:31-35

Pendant le Carême, nous sommes dans un cheminement qui nous permet de considérer les choses avec un regard neuf. Les changements dans la liturgie et les nouvelles disciplines que nous sommes invités à adopter nous aident à refonder notre foi en Dieu plutôt que dans nos habitudes ou nos réponses toutes faites ; surtout les religieux ou cliquaires. Le Carême est un temps où nous sommes tous invités à reconsidérer notre façon de penser et de vivre notre appartenance les uns aux autres et à Dieu. Pour nous, ici à Saint-Paul, le Carême implique également de reconsidérer les liens de fraternité chrétienne qui ont été mis à rude épreuve pendant cette pandémie. Au cours de notre cheminement de Carême, notre sentiment d’appartenance sera redéfini et affiné par la présence rédemptrice du Christ et l’expérience de notre communion avec lui et les uns avec les autres.

L’Évangile d’aujourd’hui nous invite à jeter un nouveau regard sur notre mission de chrétiens et d’Église en écoutant le Christ parler de sa propre mission de guérison et de réconciliation. Écoutons le Christ répondre à un groupe de pharisiens qui s’approchent de lui pour lui dire qu’Hérode veut le tuer : « Écoutez, je chasse des démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’achève mon travail. Pourtant, aujourd’hui, demain et le surlendemain, je dois être en route, car il est impossible qu’un prophète soit tué en dehors de Jérusalem. Sa réponse peut sembler étrange à nos oreilles car il semble dire qu’il doit faire deux choses en même temps ; guérir et entreprendre un voyage à Jérusalem. Il suggère qu’il rythme ses actes quotidiens de guérison parallèlement à son voyage quotidien vers Jérusalem, vers sa Croix. Pour Jésus, en effet, « chasser les démons », « faire des guérisons » et accomplir la volonté de son Père – qui consiste à mourir sur la Croix – c’est la même chose. Le voyage, la guérison et la Croix ne font qu’un. L’image de la poule que Jésus utilise pour illustrer sa relation avec nous véhicule à la fois le sens de la protection maternelle et l’idée de sacrifice, car une poule se laisserait manger pour protéger ses poussins. Pour Jésus, être pleinement consommé à la fois dans l’amour et le service pour Dieu et aussi pour ses frères et sœurs, c’est exactement la même chose.

Il en est de même pour nous. Nous ne pouvons pas être en communion avec Dieu si nous n’aspirons pas à être en communion avec tous et l’ensemble de la Création. Nous ne pouvons pas être en communion avec Dieu si nous ne sommes pas particulièrement attentifs aux infirmités et aux souffrances de nos frères et sœurs sur notre chemin. Nous ne pouvons pas appartenir à Dieu si nous n’appartenons pas en même temps les uns aux autres. Nous ne pouvons pas appartenir à Dieu si nous ne sommes pas conscients dès le départ que notre vraie réalité est celle de la communion, et que cette communion est aussi un chemin de croix. La communion, et la communauté chrétienne qu’elle nourrit, n’est pas un projet humain : c’est un don de Dieu qui exige notre réponse d’amour. Si de nombreuses puissances maléfiques peuvent détruire et conquérir nos cœurs et nos esprits, c’est parce qu’elles nous inculquent l’idée que ce genre de communion n’existe pas. Ils nous rendent indifférents non seulement à nos propres souffrances, mais aussi à la souffrance des autres. Ils nous rendent indifférents à la croix du Christ – tout comme Paul le dit. Ils nous rendent indifférents à la communion et à la fraternité vivifiantes qui découlent de cette croix. Les ennemis de la croix nous nourrissent de l’idée vénéneuse qu’il y a des différences essentielles entre nous, entre nos souffrances individuelles et nos aspirations, que nous ne pouvons être en communion pour x ou y raisons, que nous appartenons essentiellement et exclusivement à une certaine race, nation, idéologie, classe sociale, langue et non radicalement l’une à l’autre. Toutes ces puissances ne veulent pas que nous expérimentions la réalité que nous appartenons principalement les uns aux autres en Dieu avant et contre tout le reste et toute autre puissance. Toutes les puissances maléfiques de ce monde, y compris les puissances qui ont inspiré à Hérode le désir de tuer Jésus, veulent nous faire croire que vivre en communion n’est pas notre identité primordiale, que vivre en communion n’est pas ce que nous sommes destinés à être et c’est pas où nous appartenons.

Heureusement pour nous, Dieu ne se lasse pas de nous rappeler sous ses ailes, de se battre pour nous. Le grand mystère qui nous unit, pas seulement ceux d’entre nous qui sont ici ce matin, le mystère qui unit tous les saints sur terre et dans les cieux et en fait toute la création elle-même, est le suivant. C’est le mystère de la communion. Ce mystère va devenir visible très bientôt, juste ici. Ce mystère est l’ombre de Dieu qui nous couvre et nous permet de grandir jusqu’à la pleine stature du Christ. En fait, si la Communion était un animal, ce serait probablement une poule. A cet autel vous êtes accueillis sous les ailes du Christ, parce qu’il se donne à vous dans son corps et son sang au moment où il ouvre grand ses ailes sur la Croix pour embrasser toute notre humanité. Dans le mystère de la communion, rien n’est laissé de côté, rien de ce qui nécessite de l’attention n’est laissé sans surveillance. Tout et tout le monde sont réunis. En venant à cette table, rappelez-vous que vous pouvez apporter avec vous tout ce que vous êtes, dans votre esprit, votre imagination et votre cœur afin de communiquer avec lui. Vous pouvez amener toutes les personnes dont vous vous souvenez qui sont vivantes ou endormies, souffrantes ou joyeuses. Sous son aile, vous pouvez également lui communiquer vos doutes, votre colère et vos peurs. Ici tout est réuni en Christ et consommé en lui. Ici, chaque créature est invitée à habiter et à se réchauffer en sa présence réelle et à l’ombre de ses ailes. Même si nous sommes chassés par les renards de ce monde, tout comme une couvée de poussins, nous pouvons encore nous rassembler à cet autel et trouver refuge dans le corps du Christ. Cette toute petite miette de pain nous ouvre les profondeurs de l’intimité de Dieu. Ici, au milieu de nous, nous pouvons l’accueillir et nous accueillir en son nom. Notre intimité avec lui fait de nous tous un. Et quand nous récitons les paroles du Sanctus « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » en nous signant, nous ne saurons pas si nous parlons de nous ou de lui. Dans la communion, nous pouvons nous accueillir parce que nous devenons vraiment un seul corps spirituel. Cette grande intimité, cette grande proximité avec Dieu et les uns avec les autres nous protège des renards de ce monde.

Je quitterai bientôt ce perchoir et nous quitterons tous ce poulailler où le Christ nous a réunis sous ses ailes. Bientôt nous quitterons le nid de Jésus. Pourtant nous pouvons apporter sa présence et sa chaleur au monde, quand, comme un poussin quitte sa mère, nous sortirons pour accueillir, protéger, défendre, nourrir et aider les autres. Si vous cherchez encore une certaine discipline de carême, pourquoi ne pas être pour quelqu’un d’autre le nid que vous avez trouvé ici, dans l’intimité de la présence de Jésus et en compagnie de cette communion ? Cela peut être aussi simple que de parler à quelqu’un avec qui vous n’avez jamais parlé ou de l’écouter. Cela peut être aussi simple que d’inviter quelqu’un à dîner, à prendre un café ou à faire une promenade. Ou prenez simplement le temps de faire silence avec vous-même. Ce ne sont là que quelques-unes des façons dont nous pouvons nous communiquer l’intimité de Dieu comme le Christ Poule nous la communique dans le sacrement de communion. Tous ces signes simples de l’intimité divine feront de nous un peuple auquel les gens voudront appartenir. Et très humblement, l’amour et la paix du Christ s’étendront à travers vos liens d’amitié, jusqu’aux cœurs les plus seuls et plus plus fatigués.

Mercredi des cendres

Le Père Austin m’a proposé de prêcher pour le Mercredi des cendres. Vous trouverez-ci dessous une traduction en français.

File:Wood ash.jpg - Wikimedia Commons

Peut-être êtes-vous un peu anxieux en ce début de Carême. On pense souvent au Carême comme au temps liturgique pendant lequel on est censé examiner de plus près nos péchés pour essayer de comprendre leurs origines et même leurs trajectoires catastrophiques si on ne fait pas amende honorable. Au début du Carême, vous pensez peut-être à vos addictions, aux mêmes erreurs que vous continuez de commettre ou à vos erreurs passées. Pourquoi suis-je si infidèle, inattentif, têtu ? Vous pensez peut-être aussi aux péchés dans lesquels nous sommes tous impliqués et qui se dressent devant nos yeux : l’effondrement écologique actuel, l’infidélité de l’Église, la détérioration des injustices sociales, les dangers de la guerre et de la division. Nous préférons fuir ou nous distraire que d’ajouter le désespoir au désespoir en y réfléchissant.

Le temps du Carême est certainement un temps difficile. Mais pas pour les raisons que je viens d’évoquer. Les attitudes que je viens d’évoquer ont peu à voir avec l’esprit du Carême. Pourquoi ? Parce que lorsque je parlais du péché, j’en parlais d’un point de vue humain ; et le péché vu seulement à travers des yeux humains n’est pas notre affaire ! Dans tout ce que j’ai dit, et dans toutes ces choses dans lesquelles vous vous êtes peut-être reconnus, et moi aussi, nous avons négligé la présence et l’action de Dieu. Notre esprit est tout à fait capable de prendre conscience de nos péchés, mais cette introspection nous est inutile — et même dangereuse ! — si nous ne regardons pas ces péchés, et nous-mêmes en tant que pécheurs, avec le regard aimant de Jésus. Nous sommes très bons pour lutter contre nos péchés, mais très mauvais pour les voir à travers les yeux de Dieu. Si cela est vrai, c’est parce que l’amour de Dieu dépasse toute intelligence humaine, comme vient de nous le dire le Psalmiste :

Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre,

Autant sa bonté est grande pour ceux qui le craignent;

Autant l’orient est éloigné de l’occident,

Autant il éloigne de nous nos transgressions.

Il est impossible à notre entendement humain de comprendre la miséricorde que Dieu nous offre, tout comme il est très difficile de voir que notre Maître en ce temps de Carême n’est pas étranger à nos péchés, nos fautes et nos compromissions. Nous sommes tellement convaincus que la perfection de Dieu nous rejette qu’il nous est difficile de les regarder avec les yeux de celui qui les connu dans sa propre chair.  Entrer en relation avec Jésus-Christ est cependant notre seul espoir et notre seul chemin à travers cette saison de Carême. Car « le Père a fait que celui qui n’a pas connu le péché soit fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu en lui » . Jésus-Christ est allé plus bas dans notre désespoir et nos péchés que nous ne pourrons jamais aller. Il a combattu de pires batailles et les a remportées. Rappelez-vous ceci quand vous vous sentez abattus, quand vous réfléchissez à vos péchés ou aux péchés de notre humanité : Christ a toujours été plus bas. Alors que nous entrons dans ce temps de Carême, nous sommes appelés à la foi : nous sommes appelés à faire l’expérience qu’il n’y a aucune souffrance, aucune douleur, aucun doute, qu’il n’ait pas assisté et guéri par ses caresses.

De fait, le principal danger du Carême, et peut-être de toute vie chrétienne, n’est pas péché. Cela fait partie de notre nature humaine. Le reconnaître signifie que nous reconnaissons que nous sommes des fils et des filles de Dieu qui ont besoin de grandir dans la pleine stature de Christ. Le principal danger de toute vie chrétienne est de s’appropier nos péchés ; c’est croire qu’ils nous appartiennent en propre et ne dépendent que de nous. S’approprier nos péchés est tout aussi fautif que s’approprier nos bonnes actions. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui a un avertissement très fort contre ce que nous appelons l’hypocrisie. L’hypocrisie arrive lorsque quelque chose est fait pour le bénéfice social ou narcissique qu’on en tire, plutôt que par pure obéissance au commandement de Dieu. Nous donnons l’impression que nous donnons, mais en réalité nous donnons peu pour gagner plus pour nous-mêmes. Lorsque nous faisons cela, nous cachons le fait que nous espérons gagner quelque chose. Pendant le Carême, nous devons être conscients que cela se produit également avec nos fautes ou nos péchés. Ce ne sont pas seulement les bonnes actions qui alimentent notre désir d’acquérir du prestige, du pouvoir et une supériorité morale. Par ces attitudes, nous essayons de nous sauver nous-mêmes, d’établir notre propre nom et réputation, parfois même notre propre église, en laissant Dieu hors-champ.

Ce qui est si triste dans notre fascination et notre attachement aux péchés, c’est que si vous ne laissez pas le Christ les prendre, ils pourriront près de vous et rendra tout le monde malade à l’entour. Les péchés non pardonnés rendent nos sociétés malades ; ils nous font soupçonner le péché là où il n’y a pas de péché. Les péchés non remis détruisent la vraie joie et la vraie liberté. Ils contaminent d’autres domaines de notre vie avec leur sournoiserie. Nous finissons par nous mesurer nous-mêmes et les autres de la mesure des choses, des puissances et des créatures de ce monde, au lieu de nous mesurer par rapport à l’amour infini et dynamique de Dieu.

Si nous faisons de nos péchés ou de nos bonnes actions notre trésor, si nous les collectons, les classons ou les publions, nous mettrons notre cœur dans nos actions, qu’elles soient « bonnes ou mauvaises ». Nous faisons notre trésor ce que nous faisons, et nos cœurs ne battront plus pour le Créateur de tous et le Rédempteur de tous. La réalité est que rien de ce que nous avons et rien de ce que nous faisons ne nous appartient, et il en va de même pour nos péchés. Ils appartiennent à Jésus-Christ, et si nous ne le laissons pas les prendre, nous nous opposons en fait à l’amour de Dieu. « Dieu », comme le souligne Maurice Zundel , un prêtre suisse, « ne peut pas régner en nous sans nous, car Dieu est amour et l’amour ne peut être reçu que par l’amour ».

Comment donner quelque chose à quelqu’un ? En venant à lui ! On lui parle, on se présente, et petit à petit on voit une intimité naître et on donne ce qu’on a envie de donner. Et si vous avez beaucoup à donner, restez simplement plus longtemps ! C’est pareil avec les péchés que nous voulons donner à Jésus-Christ, nous pouvons nous approcher de lui et les lui présenter, simplement, avec humilité. Et quand nous sentirons ses yeux nous regarder, nous nous rendrons compte qu’il ne veut pas tant nos péchés qu’il nous veut nous-mêmes. Il veut se donner entièrement à nous. De ce côté de la Croix, nos péchés ne sont qu’un prétexte, une occasion de l’approcher, d’être marqués de son signe et reçus dans son corps. Donnez-lui vos péchés dans la prière et dans le silence, dans tout ce que vous faites ou manquez de faire : il les mettra de côté et vous regardera car il vous aime plus que tout ce que vous pourrez lui offrir. Il se donnera à vous. Et entre vos mains; ces mêmes mains qui s’accrochaient à vos péchés, il viendra se loger pour que vous grandissiez à sa ressemblance.

Ash Wednesday

File:Wood ash.jpg - Wikimedia Commons

Fr Austin offered me to preach for Ash Wednesday. You’ll find below the text of the sermon in English and in Spanish.

Ash Wednesday

Isaiah 58:1-12

Psalm 103 

2 Corinthians 5:20b-6:10

Matthew 6:1-6,16-21

You are maybe a bit anxious as the season of Lent begins. We often think that Lent is the liturgical season during which we are supposed to have a closer look at our sins to try to understand their origins and future catastrophic trajectories if we don’t fix them. As lent begins you might be thinking of your addictions, the same mistakes you keep doing, or your past mistakes. Why am I so unfaithful, inattentive, stubborn? You may also be considering our communal sins, which are very big in our eyes: the present ecological collapse, the faithlessness of the church, the worsening social injustice, the dangers of war and division. We’d rather flee or get distracted than add despair to despair by reflecting on it.

The season of Lent is a very challenging one indeed. But not for the reasons I just mentioned. The attitudes I just mentioned have little to do with the spirit of Lent. Why? Because I told you about sin, about sin from a human perspective, and sin seen by human eyes is none of our business!  In all what I have said, and in which you may have recognized yourself —and I often do as well—God’s action and presence has been overlooked. Our human minds are very capable to be aware of our sins, but it is of no need for us—and even a danger! — if we don’t look at them, and at ourselves sinners, with Jesus’s loving look. We are very good at wrestling with our sins but very bad at seeing them with God’s eyes. If it is so it is probably because his love surpasses all human understanding as the Psalmist just told us:

For as the heavens are high above the earth, *

so is his mercy great upon those who fear him.

As far as the east is from the west, *

so far has he removed our sins from us.

It is impossible for our human understanding to figure out God’s mercy for us, just as it is very difficult to see that our Teacher in this season of Lent is not foreign to our sins, our shortcomings, our compromission. We’re so convinced that God’s perfection rejects us that it is difficult for us to look at our sins with Christ’s eyes, which means looking at them with the eyes of the one who has born them in his flesh. Jesus Christ is however our only hope, and our only method in this season of Lent. Because “for our sake the Father made him to be sin who knew no sin, so that in him we might become the righteousness of God.” Jesus Christ went further down in our despair and our sins that we could ever go, he fought worse battles and overcame them. Remember that when you feel very low, when you consider your sin or the sins of our humanity. Christ has been lower. As we enter this season of Lent, we are called to faith: we are called to experience that there is no suffering, no pain, no doubt that he hasn’t attended and healed by his loving touch.

In fact, the main danger of the season of Lent, and of all Christian life is not to sin. This is part of our human nature, and acknowledging it means that we recognize that we are children of God who need to grow in Christ full stature. The main danger of all Christian life is to make our sins our own, it is believing that they pertain or belong to us. Indeed, owning our sins is as sinful as owning our good works. Both are the sides of the same coin. Jesus in today’s Gospel has a very strong warning against what we call hypocrisy. Hypocrisy happens when something is done for the sake of the social or narcissist benefit gained from it, rather than out of pure obedience to God’s command. We give the impression that we are giving but we actually give little in order to gain more for ourselves. Doing so we are hiding that we want to gain something. In Lent, we must be aware that this also happens with our faults or sins. Not only good works and good stuff feed into our desire to gain prestige, power, and pseudo-righteousness. By these attitudes we try to save ourselves, to build up our own name and reputation, even sometimes our own church, without God. What is utterly sad with fascination with sin and clinging to it, is that if you don’t let Christ take them away from you, they’ll rot close to you and make everybody sick. Unremitted sins make our societies sick; they make us suspicious of sin where there is no sin, they destroy true joy and true freedom, and they contaminate with their crookedness other domains of our lives. We end up measuring ourselves and others against stuff, powers, and creatures of this world, and not with God’s infinite and dynamic love. 

If we make our treasure of our sins or our good works, if we collect, classify, or publish them we’ll put our hearts in our actions, be them “good or bad”. We’ll make our treasure of what we do, and our hearts won’t beat for the Maker of all and the redeemer of all.  The reality is that nothing that we have or do belongs to us, and it is also true for our sins. They belong to Jesus Christ, and if we don’t let him take them, we are actually opposing God’s will, we are rejecting the Messiah, we are barring the stream of his love. This is so because “God”, as Maurice Zundel, a Swiss priest puts it, “cannot reign in us without us, because God is love and love can only be received through love.”

How do you give something to someone? You come to them! you speak to them, you introduce yourself to them, little by little you let intimacy arise and you give what you want to give. And if you have a lot to give, you just stay longer! So is it with the sins we want to give to Jesus Christ, we can come closer to him and present them to him, simply, humbly. And in his eyes looking at us we’ll realize that he doesn’t want our sins so much as he wants us and to give himself fully to us. Our sins are but a pretext, an occasion to be drawn closer to him, to be marked by his sign and received in his body. Give your sins to him in prayer and in silence, in everything you do or have left undone: he’ll put them aside and he’ll look at you because he loves you more than anything you can offer. He will give himself to you. And in your hands, that used to clutch to our sins, he’ll come to rest in you, so that you grow in his likeness.

En español

Tal vez esté un poco ansioso por el comienzo de la temporada de Cuaresma. A menudo pensamos que la Cuaresma es la temporada litúrgica durante la cual se supone que debemos mirar más de cerca nuestros pecados para tratar de comprender sus orígenes e incluso sus futuras trayectorias catastróficas si no los reparamos. A medida que comienza la Cuaresma, es posible que estén pensando en sus adicciones, los mismos errores que siguen cometiendo o sus errores del pasado. ¿Por qué soy tan infiel, desatento, terco? También puede estar considerando los pecados en los que todos estamos involucrados, que se parecen grandes sobre nuestros ojos: el actual colapso ecológico, la infidelidad de la Iglesia, el deterioro de la injusticia social, los peligros de la guerra y la división. Preferimos huir o distraernos que sumar desesperación a la desesperación reflexionando sobre ellos.

La temporada de Cuaresma es ciertamente muy desafiante. Pero no por las razones que acabo de mencionar. Las actitudes que acabo de mencionar tienen poco que ver con el espíritu de Cuaresma. ¿Por qué? Porque cuando estaba hablando del pecado, lo estaba hablando desde una perspectiva humana; ¡y el pecado solo visto a través de ojos humanos no es asunto nuestro! En todo lo que he dicho, y en aquellas cosas que habrás reconocido en ustedes —como muchas veces lo hago en mí mismo— hemos pasado por alto la presencia de Dios y su acción. Nuestra mente es muy capaz de tomar conciencia de nuestros pecados, pero esta autorreflexión es inútil para nosotros —¡y hasta peligrosa!— si no miramos esos pecados, y a nosotros mismos como pecadores, con la mirada amorosa de Jesús. Somos muy buenos para luchar con nuestros pecados, pero muy malos para verlos a través de los ojos de Dios. Si esto es cierto es porque el amor de Dios sobrepasa todo entendimiento humano como nos acaba de decir el Salmista:

Tan grande es su amor por los que le temen

como alto es el cielo sobre la tierra.

Tan lejos de nosotros echó nuestras transgresiones

como lejos del oriente está el occidente.

Es imposible para nuestro entendimiento humano comprender la misericordia de Dios extendida hacia nosotros, como es muy difícil ver que nuestro Maestro en este tiempo de Cuaresma no es ajeno a nuestros pecados, nuestras faltas, nuestros compromisos. Estamos tan convencidos de que la perfección de Dios nos rechaza que nos cuesta mirarlos con los ojos de quien los ha nacido en su propia carne. Sin embargo, relacionarnos con Jesucristo es nuestra única esperanza y nuestro único camino a través de esta temporada de Cuaresma. Porque “al que no conoció pecado, el Padre lo hizo pecado por nosotros, para que nosotros fuésemos hechos justicia de Dios en él ”. Jesucristo fue más abajo en nuestra desesperación y nuestros pecados de lo que jamás podamos ir, peleó peores batallas y las venció. Recuerden esto cuando ustedes se sientan muy bajos, cuando reflexionan sobre sus pecados o los pecados de nuestra humanidad: Cristo siempre ha ido más bajo. Al entrar en esta temporada de Cuaresma, somos llamados a la fe: somos llamados a experimentar que no hay sufrimiento, ni dolor, ni duda, que él no haya atendido y sanado con su toque amoroso.

De hecho, el principal peligro del tiempo de Cuaresma, y quizás de toda la vida cristiana, no especar. Esto es parte de nuestra naturaleza humana. Reconocerlo significa que reconocemos que somos hijos y hijas de Dios que necesitan crecer en la estatura plena de Cristo. El principal peligro de toda vida cristiana es apoderarse nuestros pecados; es creer que nos pertenecen y dependen únicamente a nosotros. De hecho, apropiarnos nuestros pecados es tan pecaminoso como apropiarnos nuestras buenas obras. Ambos son diferentes lados de la misma moneda. Jesús en el Evangelio de hoy tiene una advertencia muy fuerte contra lo que llamamos hipocresía. La hipocresía ocurre cuando se hace algo por el beneficio social o narcisista que se obtiene de esto, en lugar de por pura obediencia al mandato de Dios. Creámonos la impresión de que estamos dando, pero en realidad estamos dando poco para ganar más para nosotros mismos. Cuando hacemos esto, estamos ocultando el hecho de que esperamos ganar algo. En Cuaresma debemos ser conscientes de que esto también sucede con nuestras faltas o pecados. No son solo las buenas obras las que alimentan nuestro deseo de ganar prestigio, poder y superioridad moral. A través de estas actitudes intentamos de salvar a nosotros mismos, de establecer nuestros propios nombre y reputación, incluso a veces nuestra propia iglesia, dejando a Dios fuera de escena.

Lo que es tan profundamente triste acerca de nuestra fascinación por los pecados y nuestro aferramiento a ellos, es que si no dejas que Cristo te los quite, se pudrirán cerca de ti y enfermarán a todos alrededor. Los pecados no perdonados enferman a nuestras sociedades; nos hacen sospechar del pecado donde no hay pecado. Los pecados no remitidos destruyen el verdadero gozo y la verdadera libertad. Contaminan otras áreas de nuestras vidas con su tortuosidad. Terminamos midiéndonos a nosotros mismos y a los demás con las cosas, los poderes y las criaturas de este mundo, en lugar de medirnos con el amor infinito y dinámico de Dios.

Si hacemos de nuestros pecados o de nuestras buenas obras nuestro tesoro, si los recopilamos, clasificamos o publicamos, pondremos nuestro corazón en nuestras acciones, sean “buenas o malas”. Haremos nuestro tesoro lo que hacemos, y nuestro corazón no latirá más por el Hacedor de todo y el redentor de todo. La realidad es que nada de lo que tenemos y nada de lo que hacemos nos pertenece, y lo mismo ocurre con nuestros pecados. Pertenecen a Jesucristo, y si no dejamos que él los tome, en realidad nos estamos oponiendo al amor de Dios. “Dios”, como insiste Maurice Zundel, un sacerdote suizo, “no puede reinar en nosotros sin nosotros, porque Dios es amor y el amor solo puede recibirse a través del amor”.

¿Cómo le das algo a alguien? ¡Viniendo a ello! Le hablas, te presentas, y poco a poco dejas que surja la intimidad y das lo que quieres dar. Y si tienes mucho que dar, ¡quédate más tiempo! Así es con los pecados que queremos dar a Jesucristo, podemos acercarnos a él y presentárselos, sencillamente, con humildad. Y cuando sintamos sus ojos mirándonos, nos daremos cuenta de que no quiere nuestros pecados tanto como nos quiere a nosotros. Él quiere darse completamente a nosotros. Nuestros pecados son sólo un pretexto, una ocasión para acercarnos a él, para ser marcados por su signo y recibidos en su cuerpo. Entrégale tus pecados en la oración y en el silencio, en todo lo que hagas o hayas dejado de hacer: él los dejará a un lado y te mirará porque te ama más que cualquier cosa que puedas ofrecerle. Él se entregará a ti. Yen tus manos; esas mismas manos que solían aferrarse a tus pecados, él vendrá a descansar para que crezcas a su semejanza.